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Ce récit mythico-historique montre comment les Iqar’iyen se représentent leurs rapports avec le sultan. Il raconte le massacre de tous les hommes et enfants mâles par un sultan.

Le sultan Moulay Yacoub est témoin des prodiges d’un cherif et décide d’abandonner le trône en faveur de son fils qui est surnommé le sultan El-Khol, le Sultan Noir. Puis il parcourt le pays pour rencontrer des chorfa prestigieux et profiter de leur baraka. Il arrive dans le territoire Iqar’iyen. Les hommes d’une communauté territoriale de la tribu Ait Shishar, ignorant son origine chérifienne, l’obligent à danser. Profondément humilié, Moulay Yacoub veut se venger de l’acte sacrilège commis à son égard. Il expédie à son fils un pigeon voyageur avec le message suivant : << Mouille ta barbe là-bas et viens te raser ici. >> [c’est un appel au secours.]

Le sultan El-Khol organise une harka pour punir les coupables. En arrivant près du territoire Iqar’iyen, il fait mettre les sabots des chevaux à l’envers. Ainsi, pense-t-il, les Iqar’iyen, voyant ces traces, croiront qu’un groupe de cavaliers quitte le territoire, et il pourra alors les surprendre. La ruse est déjouée. Les Iqar’iyen se réfugient dans la haute montagne, d’où il est difficile de les déloger.

Le sultan les assiège. Les Iqar’iyen décident à leur tour d’utiliser la ruse. Ils nourrissent une vache avec du blé et la lâchent vers le camp des assiégeants. Un soldat l’attrape et, après l’avoir égorgée, est tout surpris de voir que la vache était nourrie non avec de la paille, mais avec du blé, aliment réservé généralement aux humains. On amène la vache au sultan qui dit : << Ces awlad el hram, « fils de bâtard », ont pris tellement de réserves avec eux qu’ils peuvent se permettre de nourrir leurs animaux avec du blé. Ils pourront soutenir un long siège. >>

Mais au lieu de lever le camp et de partir, comme l’espéraient les Iqar’iyen, le sultan décide d’utiliser de nouveau la ruse. Il prend un poulet égorgé et déplumé et le place sur sa tète, puis il s’avance vers les Iqar’iyen et leur dit : << Descendez de la montagne, je vous fais le serment ‘ahd, (toute personne qui fait le ‘ahd doit observer ce qu’elle a promis, sinon la malédiction divine l’atteindra), qu’il vous arrivera ce qu’il arrivera à cette tète. Descendez, et je nommerai un tel qaid ici, un tel qaid là, etc. >>

Le sultan indique de sa main la tête du poulet ; du haut de leur refuge, les Iqar’iyen croient qu’il indique sa propre tête. Lorsqu’ils s’aperçoivent de la ruse, il est trop tard. Les soldats du sultan les cernent. Le sultan ordonne que tous les hommes et enfants mâles Iqar’iyen soient tués. Seul un garçon nommé Hammar, déguisé en fille par sa mère, échappe au massacre.

Le sultan rentre dans sa capitale. Il demande à ses sujets d’aller peupler le territoire Iqar’iyen et d’épouser les veuves. C’est pourquoi, dit-on, les Iqar’iyen sont depuis ce temps-là des enfants de femmes. Dans une variant de ce récit, il est dit que les femmes transmirent la terre de leur mari tué à leurs enfants.

 

Récit extrait du livre de Raymond Jamous : Honneur et Baraka
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‘ahd = serment
baraka = bénédiction
cherif = médiateur
chorfa = pluriel de cherif
harka = expédition guerrière
qaid = chef de tribu

Résumé :
Résultat d’une enquête menée durant dix-huit mois (1968-1969) dans le Rif oriental, ce travail a pour objet la description et l’analyse des structures sociales des Iqar’iyen.  vise à mieux situer le rapport hiérarchique entre ces deux ordres de valeurs que sont le sentiment de l’honneur et la baraka ou « bénédiction divine ».Il

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